Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 17:55

Ce qui est très étonnant dans l’affaire d’interdiction de nouvelles constructions  de minarets en Suisse (ce qui ne signifie pas interdiction de construction de nouvelles mosquées), c’est que personne ne se pose la question de savoir pourquoi la Suisse, pays de la Croix Rouge et qui ne passe pas particulièrement pour un peuple raciste, a ainsi voté.

On a eu le droit en France à tous types de réactions. C’est « inquiétant » pour Benoit Hamon, « populiste » pour Hervé Morin, Bernard Kouchner est « scandalisé » et pour le sociologue Jean Ziegler dont le commentaire est toute en finesse intellectuelle « les suisses sont des racistes ». Mais dans ce concert de protestations, personne ne se pose la question : pourquoi un tel vote ?

Ca n’intéresse pas la classe politique, surtout à gauche, qui d’habitude réclame à corps et à cri plus de démocratie directe. Ségolène Royal ne réclamait-elle pas de la démocratie participative ? Après un tel vote, nul doute que la gauche révisera son jugement. Quand on ne contrôle pas la volonté du peuple, c’est assez ennuyeux de risquer de se faire déborder.

Lors du référendum du 29 novembre dernier, le peuple suisse a parlé, mais comme ça ne va pas dans le sens de certains, les Suisses sont des racistes.

Ce vote référendaire arrive juste au moment où en France la polémique enfle sur le bien fondé d’un débat sur l’identité nationale.

Mais y aurait-il un débat sur l’identité nationale s’il n’y avait pas d’immigration en France ? Je me demande comment ou par quel artifice, une grande partie de la Gauche et notamment Martine Aubry arrive à dissocier identité nationale et immigration, sauf à être totalement hypocrite. Quand j’écoute, d’une manière générale, Martine Aubry, je me demande si elle ne pas fait de la politique uniquement parce que papa en faisait déjà.

La France, à l’instar de beaucoup de pays européens, a cette spécificité d’être une nation mixte dans laquelle coexistent plusieurs religions et des populations d’origines diverses. C’est unique au monde, il faut le rappeler.  

Mais, il est évident que les sifflets au Stade de France pendant la Marseillaise lors du match France-Algérie, l’affaire des caricatures de Mahomet, les manifestations pro-Hamas et anti-israéliennes (et souvent racistes) de radicaux musulmans soutenus par le NPA ou encore l’apparition de la Burqa ont contribué à alourdir le climat et à jeter de la suspicion sur une communauté.

Le vote massif en faveur de l’interdiction de nouveaux minarets en Suisse a confirmé le malaise actuel des pays occidentaux face à une immigration souvent mal gérée.

L’intégration a en partie échoué et les assauts des intégristes mettent mal à l’aise notre classe politique qui ne sait comment aborder le problème.

Notre société est maintenant laïque, l’église catholique occupe la place qui doit être la sienne avec les autres religions sauf qu’au sein de l’Islam, une frange extrémiste sonde les fondations de notre démocratie.

Jouant sur l’exclusion sociale d’une partie de la jeunesse d’origine étrangère et désœuvrée, ces radicaux n’ont aucun mal à endoctriner des jeunes sans avenir.

La classe politique républicaine se tait et laisse la place au Front National, comme en Suisse, où en refusant de s’engager, la classe politique suisse, faisant preuve de la plus grande lâcheté, a laissé l’extrême droite tenir un référendum débile.

De l’autre côté, l’extrême gauche, chère à François Hollande, soutient les radicaux les plus durs. On a pu le constater pendant l’affaire des caricatures de Mahomet ou encore pendant les manifestations contre l’intervention d’Israël à Gaza où les slogans antisémites furent entendus.

Le débat posé par Nicolas Sarkozy n’est pas mauvais en tant que tel à condition qu’il ne donne pas lieu à des dérives.

Car une nation, c’est un pays, un peuple et une langue, laquelle véhicule la culture et l’histoire. Pourquoi en faire un sujet tabou ?

Si on ne se respecte pas soi-même, il est difficile de demander aux autres une quelconque intégration.

Dans l’affaire des minarets, comme dans le cadre de ce débat sur l’identité nationale qui vise l’islamisme, ne soyons pas hypocrite, je relèverai deux choses.

Premièrement, on n’entend pas assez la communauté musulmane à qui il appartient de faire le ménage chez elle, sauf à laisser les gens croire que tout est « bonnet blanc et blanc bonnet », faisant au passage le lit de l’extrême droite.

Deuxièmement, ignorer le problème comme l’a fait la classe politique suisse et laisser le champ libre à l’extrême droite comme en Suisse nous conduit à ce genre d’extrémités.

Car le défi lancé par les extrémistes musulmans est à prendre en considération. Ainsi au Québec, le multiculturalisme est mis à mal. Une jeune Québécoise, Djemila Benhabib est venue récemment à Paris, invitée par « Ni putes, ni soumises » pour présenter son livre « Ma vie à contre-Coran ». Musulmane mais attachée à la laïcité, elle dénonce la pression islamiste, se demandant comment une idéologie aussi rétrograde que l’islamisme aux antipodes de nos valeurs démocratiques pouvait occuper aussi facilement le terrain dans nos sociétés occidentales. Ainsi, il a fallu l’intervention d’une députée musulmane pour que l’assemblée nationale du Québec vote une motion refusant la création de tribunaux islamiques ! Elle s’inquiète également de la stratégie d’infiltration des islamistes. « Sur les plateaux de télévision, les barbus ont été remplacés par des femmes éduquées et voilées qui relaient le message ». La Fédération des femmes du Québec (puissant lobby féministe) a ainsi fait voter une résolution en faveur du port de signes religieux dans la fonction publique « sans aucun débat préalable sur le voile islamique » (L’express du 24/11/2009). Les féministes me fascineront toujours. Elles sont finalement le meilleur ennemi des femmes. On est loin des Gisèle Halimi, Simone Veil ou Elisabeth Badinter…

La Suède rencontre les mêmes problèmes avec une immigration d’origine somalienne. En effet, ces derniers ayant conservé leurs traditions claniques, n’incitent pas à scolariser les filles, celles-ci étant même souvent renvoyées dans leurs villages d’origine pour se marier. Les jeunes hommes retournent en Somalie pour étudier le Coran et évitent la fréquentation des Suédoises qu’ils tiennent pour des filles de mauvaise vie (L’Express du 10/10/2009).

Alors, il faut savoir ce que l’on veut. Désire-t-on faire la promotion d’une société à deux vitesses dans laquelle les femmes musulmanes et les femmes occidentales n’auraient pas les mêmes droits ? Doit-on admettre que les principes constitutionnels et les valeurs auxquelles nous sommes attachés et qui régissent notre société ne doivent pas s’appliquer à tous ?

Pourtant, l’occident et la France sont des terres d’accueil dans lesquelles nombreux immigrés peuvent vivre et pratiquer leur religion.

Tariq Ramadan, interrogé sur France Info, reconnaissait qu’il est même plus facile pour les musulmans de pratiquer leur religion en France que dans leur pays d’origine et qu’il y avait également une absence de réciprocité entre les pays musulmans et occidentaux. Tout cela contribue d’ailleurs à donner dans l’opinion publique une image négative de l’islam.

Il est donc difficile de séparer identité nationale et immigration, non pas que les immigrés doivent être stigmatisés, mais nous devons affirmer les valeurs auxquelles nous sommes attachées, cela participant à la définition de notre identité nationale.

Ce n’est pas l’islam en tant que tel qui doit être combattu, mais les extrémistes religieux qui sapent les fondements de notre société. Nous ne devons pas laisser le débat sur l’identité nationale au Front National comme l’ont fait les Suisses avec leur extrême droite. François Barouin, le chienchien de Jacques Chirac, ne voit pas l’utilité d’un tel débat et Jean-Pierre Chevènement ne pense pas qu’il faille rapprocher identité nationale et immigration. Mais les exemples Québécois et Suédois montrent qu’il est nécessaire de réaffirmer nos valeurs, une telle affirmation étant nécessaire pour permettre une intégration harmonieuse.

Il ne faut pas oublier non plus que les personnes qui immigrent en France le font surtout parce qu’ils désirent fuir des régimes totalitaires. Ils espèrent trouver en France la démocratie et la liberté. Nous devons écouter ce message et ne pas laisser ces immigrés rattrapés par ce qu’ils ont fuit.

Comme le rappelait Jean-Pierre Chevènement, nous ne devons pas nous définir par rapport à l’Islam, mais l’Islam doit s’inscrire dans le cadre de la République.

On ne peut pas se permettre de laisser se créer en France un Etat dans l’Etat. Il y va de la survie de notre société.

N’ayons pas peur de débattre donc…

Par Matt Meurdocque - Publié dans : Politique - Communauté : Pour un monde meilleur
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