N.I.P
"Il n' y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit : à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit" (Napoléon 1er)
Si je me tenais uniquement à ce que je constate sur le web, je me dirais que le pays est au bord de la guerre civile tant le niveau des échanges sur la toile frise le zéro absolu. Je ne jette pas l’opprobre sur tous les internautes, car nous pouvons constater que le débat politique est du même niveau. Si tant est d’ailleurs qu’on puisse parler de débat puisque l’opposition dans sa grande majorité nage dans l’antisarkozysme primaire et contribue ainsi à instaurer un climat délétère en France. Récemment, Vincent Peillon a refusé le débat proposé par France 2 avec un « grand courage » abandonnant le terrain à Marine Le Pen. Des appels à arrêter le débat sur l’identité nationale se multiplient de la part de certains, tels Villepin ou Dupont-Aignan par exemple, tenants d’une pensée politique dépassée, qui estiment que nous n’avons pas à nous exprimer sur un tel sujet, alors qu’un danger anti-démocratique nous menace.
Heureusement, ce n’est qu’une vision des choses et il est souhaitable pour les républicains et les démocrates de dialoguer. Il n’est toutefois pas facile de confronter ses idées sans que la passion ne cède le pas à l’intolérance. Je reste toutefois optimiste, même si le Français est ultra politisé comme l’a noté Eric Zeymour lors d’une de ses émissions sur France 2 et est plus connu pour son goût pour la révolution que pour sa capacité à se réformer.
Cependant, cette capacité à engager des débats a séduit de l’autre coté du Rhin. Ainsi, dans un article publié dans le numéro 1000 de l’hebdomadaire « Courier International », le quotidien « Süddeutsche Zeitung », journal bavarois de centre gauche, fait un parallèle intéressant, entre d’une part, le débat entrepris au sein de France Télécom avec le questionnaire adressé à tous les employés par la direction, suite à la vague de suicides qui a défrayé la chronique ces deux dernières années, et d’autre part, le débat sur l’identité nationale lancé par Nicolas Sarkozy.
Le journal allemand constate que « tout comme l’ancienne entreprise d’Etat, la France change à un rythme accéléré. Auparavant (…), l’Etat, représenté par le président de la République, participait activement à la vie économique du pays, n’hésitant pas à prendre le contrôle de certaines entreprises et veillant à ce que toutes tirent leur épingle du jeu. De là s’est développée l’idée que le président avait le pouvoir de tout arranger. Et au somment de la hiérarchie de chaque entreprise, le directeur jouait le rôle du chef de l’Etat. Les travailleurs vivaient donc dans un système patriarcal qui, de façon plus ou moins autoritaire, veillait à leur bien être ».
Cette analyse est intéressante car, comme l’avait « malheureusement » affirmé en son temps Lionel Jospin, l’Etat ne peut pas tout. Son honnêteté avait entrainé en partie sa défaite aux élections présidentielles de 2002. Sommes-nous enfin sortis de cette illusion ? Le quotidien allemand constate que « Nicolas Sarkozy s’efforce de faire comme s’il pouvait encore tout régler lui même mais qu’il est parfaitement conscient de l’étroite marge de manœuvre que lui laisse une économie mondialisées aux gouvernements nationaux » et « qu’il en va de même pour les PDG ».
Le quotidien allemand souligne alors que « ce qui distinguent les Français, c’est leur réaction face à tous ces bouleversements » qui « plutôt que de se voiler la face, (…) ont choisi de s’interroger sur leur identité ».
Naturellement, « Süddeutsche Zeitung » est conscient que ces débats peuvent être récupérés par les syndicats dans le cas de France Télécom ou bien engendrer une stigmatisation des étrangers dans le cas du débat sur l’identité nationale, mais pour lui, « tout vaut mieux que le silence et le déni, qui ne feraient qu’aggraver les tensions et les frustrations ».
Nicolas Sarkozy en profitera-t-il ? Rien n’est moins sûr car sa démarche est délicate tant il est plus simple de rejeter tout en bloc en faisant croire aux Français qu’une solution miracle existe.
La France doit s’adapter et affronter les changements, plutôt que de se replier sur elle-même. Le nouveau ton donné par Nicolas Sarkozy change les habitudes et provoque des réactions de rejet car encore une fois, beaucoup, en l’absence d’alternatives concrètes préfèrent l’affrontement que le débat démocratique.
Suivant les recommandations de l’OCDE, le plan de relance français adopté en octobre 2008 a permis d’absorber l’essentiel du choc de la crise, mais maintenant il s’agit d’aborder l’après crise et de se réformer. L’Etat ou les régions ne pourront pas éternellement s’engager financièrement dans le capital de sociétés privées. Qu’on soit d’accord ou non avec Nicolas Sarkozy et son gouvernement, de nombreuses réformes doivent être engagées pour permettre à notre pays de rebondir. La crise ayant freiné ces réformes, les Français doivent pouvoir débattre et non fermer les yeux, notamment sur la question des déficits publics, le déficit de la sécurité sociale (je devrais dire le gouffre), l’écrasant poids des charges sociales qui pénalisent la compétitivité des entreprises françaises et naturellement la réforme des retraites qui doit être abordée franchement.
A ce sujet, le Parti Socialiste, par la voix de son premier secrétaire, Martine Aubry a enfin admis que l’allongement des périodes de cotisations doit être envisagé pour faire face aux financements des futures retraites. La période de la politique du « ni, ni » des années Mitterrand et Chirac est révolue.
Manuel Valls, comme souvent en avance sur la majorité de ses amis du PS, a même appelé à un pacte national entre majorité et opposition et à un grand débat national sur les retraites. Là où Vincent Peillon jette l’éponge, Manuel Valls a organisé le 6 avril 2009 un débat sur l’immigration avec Eric Besson dans sa ville d’Evry, provoquant l’ire de l’extrême gauche qui tenta d’empêcher ce débat !
Certains ont compris l’intérêt d’un tel débat sur ces questions importantes, d’autres non.
Ainsi, les partis d’extrême gauche, comme le NPA, le Parti de Gauche de Jean Luc Mélenchon ou encore le PCF, tenants de la lutte des classes pourtant dépassée depuis longtemps, refusent non seulement le dialogue, mais adoptent un discours populiste sans pour autant apporter de réelles solutions alternatives.
Que les gens se sentent menacés, c’est bien naturel, mais leur faire croire que nous pourrons conserver notre modèle social intact sans réforme est tout simplement démagogique.
Le débat est difficile en France et l’a toujours été. Notre histoire montre que notre pays a toujours eu du mal à se réformer sans confrontation. La France, pays de la révolution permanente, reste cependant un pays très conservateur, nostalgique malgré elle de la monarchie à laquelle on pouvait présenter ses doléances.
« Le temps de la splendeur nationale et des territoires protégés est révolu » rappelle justement le quotidien allemand et conclut : « La France, patrie des philosophes et des théoriciens de la société, a décidé d’ouvrir un grand débat. Comme France Télécom, elle s’allonge sur le divan. Elle n’a pas encore trouvé de solutions, mais le silence qui pousse certains au désespoir est enfin rompu ».
Des réformes sont en cours et des débats ont été initiés à cet effet. Je pense, par exemple, au projet du futur grand Paris, ou à l’identité nationale ou encore à des réflexions menées pour savoir notamment si la performance d’une économie peut être mesurée non seulement par rapport au PIB, mais également par rapport au bonheur des ses habitants avec la commission Stiglitz chargée d’établir la meilleure façon de mesurer le progrès économique et social d’un pays.
Alors si nous choisissions de saisir cette opportunité de débat pour le bien de tous au lieu de refuser le dialogue ?
Pour l’instant nous nous trouvons dans la situation d’un homme tombant d’un immeuble et qui à chaque étage se dit jusqu’ici tout va bien.
Sommes-nous capable de changer nos comportements habituels ?
Car finalement, comme titrait « Süddeutsche Zeitung », ne vaut-il pas mieux parler que de se taire ?
Elections régionales ou l'envie d'aller à la pêche
Playlist de Matt : Trip-Hop
2
Une france conservatrice, certes
Mais qui rejette tout leurs malheurs sur les entreprises qui font la réussite du pays, c'est à dire les banques et les PME/PMI.
J'ai l'impression que dans ce pays l'échec doit être présent partout, qu'il faut tout subir pour se donner l'identité national.
Et une chose est aussi marrante ^^
Si on ne rentre pas dans l'opposition de Sarko
C'est que tu es malade et ta besoin de te soigner
Comme quoi la tolérence est loin d'être acquise
Pas étonnant d'avoir autant de sujet tabou
Ceci étant dit, je rebondis sur deux points de ton article, Matt:
1- si, comme toi, je déplore le coup médiatique que s'est offert Vincent Peillon, je ne serai pas aussi critique sur sa personne. Court-circuité lui aussi par Mme Royal, il est un des responsables de la gauche qui réfléchit à de nouvelles réformes "de gauche" sur des sujets importants. Ainsi, dans un autre article, tu évoquais l'avenir de l'éducation: M. Peillon est un des rares socialistes à faire de l'éducation une priorité. Et ses réfléxions, ses colloques... sont passés sous silence, faute de médiatisation. Ne retenons pas de lui que ce mauvais coup de gueule contre M. Besson !
2- je te rejoins parfaitement sur l'enjeu de la réforme des retraites et, comme toi, je salue la démarche de Manuel Valls. J'en parlerai prochainement sur mon blog: cette réforme, fondamentale pour sauvegarder le meilleur de notre système actuel, doit se faire via un grand débat national. Et il faut que la gauche y contribue. Quant à la droite, elle devra aussi faire l'effort d'écouter le PS, sans en caricaturer les prises de position (exercice dans lequel les porte-parole du parti présidentiel excellent) et d'accepter d'intégrer certaines de ses propositions à son projet final. Ce serait une première. Mais, l'enjeu est trop important pour jouer l'esquive ! C'est au déroulement de cette phase de réforme que l'on mesurera la capacité de Sarko à (bien) gouverner la France !